Lavement des seins
29 novembre 2009
Qui lavera vos seins magnifiques, maîtresse ?
Quelle main lascive épongera leur splendeur
D’un geste délicat, lent comme une caresse
À les faire exulter de joie et d’impudeur ?
Quel lait de quelle biche qui ne les salisse ?
Quelle douceur de doigt qui ne heurte leur grain
Sera-ce votre lait, ô chère ? et votre main,
Qui laveront ce soir leur virginité lisse ?
Lavez-les bien, vos seins ; lavez-les, vos seins blancs
Promenez vos doigts fins sur leurs globes tremblants
Et pénétrez-les d’éblouissante lumière
Afin qu’en vos cheveux dont la noirceur reluit
Ils brillent dans leur sérénité coutumière,
Lunes de clarté nue au torse de la Nuit.
L’hymen
25 novembre 2009

Vierge, c’est le témoin de ta virginité
C’est le rempart du temple intérieur, ô Sainte !
C’est le pur chevalier défenseur de l’enceinte
Où le culte du Coeur se donne à la Beauté
Nul phallus n’a froissé la voussure velue
Du portail triomphal par où l’on entre en Dieu
Nul homme n’a connu ton étreinte de feu
Et le rut a laissé ta pudeur impollue.
Mais ton hymen se meurt, ses bords se sont usés
À force, nuit et jour, d’y boire des baisers
Avec l’acharnement de la langue farouche.
Et quelque jour, heurtant le voile exténué,
Le membre furieux dardé hors de ma bouche
Le déchiquettera comme un mouchoir troué.
Pierre Louÿs
Masturbation entre les gros seins
13 novembre 2009

Mon long priape qui pantelait contre moi
S’érupe et bat, fouetté de sang par une envie
Furieuse de chair humide… Ah ! couche-toi !
Mais clos ton sexe comme une bouche assouvie.
C’est de l’étreinte des mamelles qu’il est fou.
À cheval sur l’arc blanc du torse qui se cambre
J’allonge entre les seins jusqu’aux douceurs du cou,
Entre les caressants et flasques seins, mon membre.
Il disparaît sous les replis exubérants
Que serrent, traversés par des frissons errants,
Les paumes de tes mains aux doigts dressés. Il bouge,
Et le filet s’irrite au sternum, et le gland
Braqué, cingle ta face avec le jet brûlant
Qui pleure de ta joue en flot strié de rouge.
Capote anglaise
8 novembre 2009

L’orchidée
4 novembre 2009

Une fleur a mangé ton ventre jusqu’au fond
Sa tige se prolonge en dard sous les entrailles
Fouille la chair de sa racine et tu tressailles
Quand aux sursauts du coeur tu l’entends qui répond
C’est une fleur étrange et rare, une orchidée
Mystérieuse, à peine encore en floraison
Ma bouche l’a connue et j’ai conçu l’idée
D’asservir sous ses lois l’orgueil de ma raison.
C’est pourquoi, de ta fleur de chair endolorie,
Je veux faire un lys pur pour la Vierge Marie
Damasquiné d’or rouge et d’ivoire éclatant,
Corolle de rubis comme une fleur d’étoile
Chair de vierge fouettée avec des flots de sang
Ta Vulve rouge et blanche et toute liliale.
Pierre Louÿs



