La femme

8 décembre 2009

femme

Ex libris, nequam scriptoris
His libellus, o clitoris,
Ad limen te mittat oris.

Madame, vois l’ex-libris
D’un auteur français, qui peut-être
A mouillé votre clitoris
Plus d’une fois sans vous connaître.

Pierre Louÿs

L’hymen

25 novembre 2009

hymen

Vierge, c’est le témoin de ta virginité
C’est le rempart du temple intérieur, ô Sainte !
C’est le pur chevalier défenseur de l’enceinte
Où le culte du Coeur se donne à la Beauté

Nul phallus n’a froissé la voussure velue
Du portail triomphal par où l’on entre en Dieu
Nul homme n’a connu ton étreinte de feu
Et le rut a laissé ta pudeur impollue.

Mais ton hymen se meurt, ses bords se sont usés
À force, nuit et jour, d’y boire des baisers
Avec l’acharnement de la langue farouche.

Et quelque jour, heurtant le voile exténué,
Le membre furieux dardé hors de ma bouche
Le déchiquettera comme un mouchoir troué.

Pierre Louÿs

L’orchidée

4 novembre 2009

Orchidee

Une fleur a mangé ton ventre jusqu’au fond
Sa tige se prolonge en dard sous les entrailles
Fouille la chair de sa racine et tu tressailles
Quand aux sursauts du coeur tu l’entends qui répond

C’est une fleur étrange et rare, une orchidée
Mystérieuse, à peine encore en floraison
Ma bouche l’a connue et j’ai conçu l’idée
D’asservir sous ses lois l’orgueil de ma raison.

C’est pourquoi, de ta fleur de chair endolorie,
Je veux faire un lys pur pour la Vierge Marie
Damasquiné d’or rouge et d’ivoire éclatant,

Corolle de rubis comme une fleur d’étoile
Chair de vierge fouettée avec des flots de sang
Ta Vulve rouge et blanche et toute liliale.

Pierre Louÿs

Le clitoris

22 octobre 2009

clitoris

Blotti sous la tiédeur des nymphes repliées
Comme un pistil de chair dans un lys douloureux
Le Clitoris, corail vivant, coeur ténébreux,
Frémit au souvenir des bouches oubliées.

Toute la Femme vibre et se concentre en lui
C’est la source du rut sous les doigts de la vierge
C’est le pôle éternel où le désir converge
Le paradis du spasme et le Coeur de la Nuit.

Ce qu’il murmure aux flancs, toutes les chairs l’entendent
À ses moindres frissons les mamelles se tendent
Et ses battements sourds mettent le corps en feu.

Ô Clitoris, rubis mystérieux qui bouges
Luisant comme un bijou sur le torse d’un dieu
Dresse-toi, noir de sang, devant les bouches rouges !

Pierre Louÿs

Les Nymphes

18 septembre 2009

Nymphes et satyre

Oui, des lèvres aussi, des lèvres savoureuses
Mais d’une chair plus tendre et plus fragile encor
Des rêves de chair rose à l’ombre des poils d’or
Qui palpitent légers sous les mains amoureuses.

Des fleurs aussi, des fleurs molles, des fleurs de nuit,
Pétales délicats alourdis de rosée
Qui fléchissent, pliés sur la fleur épuisée,
Et pleurent le désir, goutte à goutte, sans bruit.

Ô lèvres, versez-moi les divines salives
La volupté du sang, la chaleur des gencives
Et les frémissements enflammés du baiser

Ô fleurs troublantes, fleurs mystiques, fleurs divines,
Balancez vers mon coeur sans jamais l’apaiser,
L’encens mystérieux des senteurs féminines.

Pierre Louÿs

La senteur des bras

30 août 2009

femme

Entre tes bras jetés sur mes épaules nues,
Chère ! je sens monter des odeurs si connues
Des arômes si blonds, des parfums si légers…
Ô le vol sidéral sur les bois d’orangers !

La sueur qui vient poindre où ton coude se plisse
Comme un gel de nectar à la chair d’un calice
Fleure dans un enchaînement rieur et fou
Deux lys longs et câlins mis autour de mon cou.

Aussi quand loin des lits heureux où tu me lies
Mon nostalgique amour rêve aux nuits abolies
C’est l’odeur de tes bras qui m’enlace et m’étreint.

Et dès qu’un souvenir de leur parfum lointain
Revient errer encor dans mon âme touchée,
Je vois dans un éclair toute ta chair couchée.

Pierre Louÿs

Le mont de Venus

16 août 2009

mont-de-venus

Sous la fauve toison dressée en auréole
À la base du ventre obscène et triomphant,
Le Mont de Vénus, pur ainsi qu’un front d’enfant,
Brille paisiblement dans sa blancheur créole.

J’ose à peine le voir et l’effleurer du doigt ;
Sa pulpe a la douceur des paupières baissées
Sa pieuse clarté sublime les pensées
Et sanctifie au coeur ce que la chair y voit.

Ne t’étonne pas si ma pudeur m’empêche
De ternir l’épiderme exquis de cette pêche,
Si j’ai peur, si je veux l’adorer simplement

Et, penché peu à peu dans les cuisses ouvertes,
Baiser ton Vénusberg comme un saint sacrement
Tel que Tannhäuser baisant les branches vertes.

Pierre Louÿs

Vulve blonde

29 juillet 2009

blonde

Bien qu’elle ait une peau très brune, et que son cul
Soit énorme, et que sa lourde mamelle tombe,
Elle épate en blason déchiré sur l’écu
Un grand con d’or triangulaire qui surplombe.

Dans les cuisses de chair reluisante, la fleur
Délicate, se creuse avec des airs de rose.
Une odeur de printemps et de grande chaleur
Y perle, avec la jouissance qui l’arrose.

Le soleil, dispersé par des reflets errants,
Circule, à travers les buissons exubérants
Qui mitrent de métal fragile le stigmate ;

Le clitoris attend les ongles adorés
Et sous l’ombre des doigts qui zèbre la chair mate
S’ouvre la rose blonde entre les poils dorés.

Pierre Louÿs

Les poils

12 juillet 2009

poils pubien

Quand j’énerve mes doigts dans vos épaisseurs claires
Grands poils blonds, agités d’un frisson lumineux,
Je crois vivre géante, aux âges fabuleux
Et broyer sous mes mains les forêts quaternaires.

Quand ma langue vous noue à l’entour de mes dents
Une autre nostalgie obsède mes narines :
Je crois boire l’odeur qu’ont les algues marines
Et mâcher des varechs sous les rochers ardents.

Mais mes yeux grands ouverts ont mieux vu qui j’adore :
C’est un peu d’océan dans un frisson d’aurore,
La mousse d’une lame, un embrun d’or vivant,

Flocon vague oublié par la main vénérée
Qui façonna d’écume et de soleil levant
Ta peau blanche et ton corps splendide, Cythérée !

Pierre Louÿs

Main de branlée

22 juin 2009

main de femme

Les doigts longs et libidineux sont toujours rances
D’avoir trempé dans le vagin sanguinolent
D’où sort, avec l’odeur écoeurante, un relent
D’outrages gras, et de spasmodiques souffrances.

Sous les ongles mangés s’épatent les bouts ronds
Des doigts, qui meurtriraient les fragiles muqueuses
Et l’on pense à les voir de pubertés visqueuses
Et de vierges en rut fourrageant leurs girons.

Seul, un ongle érecteur du clitoris se dresse…
Ô mains, d’où semble fuir un geste de caresse
Charmes blancs précurseurs de mon membre viril

Mains qui faites l’amour aux petites branlées
Je chérirai sur votre galbe puéril
La trace et le parfum des blancheurs écoulées.

Pierre Louÿs

Sein de branlée

18 juin 2009

gros seins

Le pauvre sein qu’elle a branlé d’un air distrait
S’avachit jusqu’à la ceinture. La tétine
Pend comme le pis blanc d’une chèvre qu’on trait
Du bout des doigts, où le dard brun se ratatine.

Sa rondeur s’est raidie entre les doigts baveux.
Un afflux lourd de sang a gonflé sa chair grasse
Et la chatouille exquise et fine des cheveux
A soulevé les seins vers la bouche vorace.

Mais au jour, après tous les spasmes assouvis,
Quand le sein tombe avec les vulves et les vits
Un haut-le-coeur descend des mamelles branlées.

La jeune peau se fane en blanc, et le tétin
Incapable d’essor au haut des chairs tremblées
S’allonge et maigrit comme un pénis enfantin.

Pierre Louÿs

La vulve

10 juin 2009

vulve

Un rayon du soleil levant caresse et dore
Sa chair marmoréenne et les poils flavescents
Ô que vous énervez mes doigts adolescents
Grands poils blonds qui vibrez dans un frisson d’aurore.

Quand son corps fatigué fait fléchir les coussins
La touffe délicate éclaire sa peau blanche
Et je crois voir briller d’une clarté moins franche
Sous des cheveux moins blonds la chasteté des seins,

Et sous des cils moins longs les yeux dans leur cernure.
Car ses poils ont grandi dans leur odeur impure
La mousse en est légère et faite d’or vivant

Et j’y vois les reflets du crépuscule jaune ;
Aussi je veux prier en silence devant
Comme une Byzantine aux pieds d’un saint icône.

Pierre Louÿs